WALTER RATHENAU
ou
L’IMPOSSIBLE ASSIMILATION DES JUIFS DANS L’ALLEMAGNE
DES ANNEES 20.

1. Walter RATHENAU : Allemand de confession juive et non Juif de nationalité allemande.
Il était membre d’une famille juive de la haute bourgeoisie allemande. Son père, Emil RATHENAU, était un magnat de l'électricité. Il avait fondé AEG. Il était né à Berlin le 29 septembre 1867. Il y mourut, assassiné, le le 24 juin 1922;
Il se reconnaît pleinement et sans équivoque comme de descendance juive. Il se présente comme l'exemple d'une assimilation culturelle et nationale réussie. Selon lui il n'y a aucune différence entre un allemand d'origine juive et les autres allemand sauf une différence de religion. Ainsi, il affirme « seul du sang allemand coule en moi ».
Il fit ses études à la faculté des Sciences de BERLIN et de STRASBOURG ( dans un département annexé après 1871 ).
Il se fait remarquer par ses positions à contre-courant du sionisme. Au sionisme, il oppose des thèses intégrationnistes. En rétrospective, il a écrit de sa jeunesse:
"Dans les premières années de tous les Juifs allemands, il y a un moment douloureux quand il se souvient de sa vie: quand pour la première fois il est pleinement conscient qu'il a démissionné en tant que citoyen de seconde classe dans le monde... ".
2. RATHENAU, un parfait allemand avant 1914.
Au début du 20° siècle, il mena une vie intellectuelle très active, participant à la rédaction de la revue Die Zukunft. Ce fut une personnalité importante de l’histoire allemande du début du 20° siècle.
A titre d'exemple, il fut, officieusement, collaborateur du gouvernement impérial. Il prit part à des voyages d'études dans le Sud-Ouest africain, là où l'Allemagne tentait d'installer son Empire colonial.
3. RATHENAU, un parfait allemand pendant la guerre de 14-18.
Arrive la première guerre mondiale, il se déclare ardent partisan de la politique impériale. Engagé en politique, il soutient les opérations d'agression sans équivoque et apparemment sans état d'âme !
Et ce ne fut pas une simple attitude intellectuelle, il y prit une part très active. A tel point qu’il dirige toute la guerre économique. Au début de la guerre, il souligne la nécessité de la distribution organisée des produits de base. En 1914, il est nommé, Directeur de l'Office des matières premières, c’est-à-dire Chef du Département de matières premières de la guerre (KRA) au Ministère prussien de la Guerre.
Très engagé en politique, il inspire même la politique du Chancelier. N’ayant aucun doute sur la victoire finale de l’Allemagne, il concocte un plan d'une Europe centrale dominée par l'Empire allemand. Dans ces plans, il plaide pour une union douanière qui engloberait le Reich, l'Autriche-Hongrie et aussi, curieusement, la France. Il ne cultive donc aucun doute sur la survivance, après la guerre des empires tels qu’ils existaient avant 1914.
En 1918, quand les affaires de l’Allemagne tournent mal sur le plan militaire, il ne se range pas parmi les partisans d’un armistice. Au contraire, il lance un appel à la "guerre totale". Il fut un jusqu’auboutiste, en octobre 1918 il prend fermement position contre la proposition d'armistice et réclame la levée en masse.
Mais, dans le même temps, il plaide pour une refonte constitutionnelle de l’Allemagne. La monarchie serait maintenue mais il y aurait un système bicaméraliste inspiré du modèle britannique. La représentation démocratique aurait donc existé uniquement pour la première chambre; les membres de la seconde chambre auraient été nommés ou membres de droit.
4. RATHENAU et la République de WEIMAR.
Bien que s’étant fermement opposé aux partisans d’un armistice, une fois celui-ci signé et l'Empire renversé, il choisit de soutenir les institutions de la République de Weimar. Il en fut Ministre de la Reconstruction en 1921 et Ministre des Affaires étrangères en 1922. Sans état d'âme.
Comme Ministre des Affaires Etrangères, il négocie le Traité de Rapallo, en 1922 avec l'URSS, avec les représentants soviétiques RAKOVSKY etJOFFE. Ce traitépermet aux deux parties ( Allemagne et URSS ) de rompre l'isolement dont ils sont l'objet après la guerre de 14-18, l'Allemagne comme nation vaincue et considérée comme responsable et l'URSS à cause de la révolution bolchevique. Du point de vue allemand, il obtient deux résultats positifs: la dette de guerre est effacée et la république de Weimar peut contourner les stipulations des traités de paix (entraînement de troupes allemandes sur le territoire soviétique).
C'est justement ce qui lui sera reproché par l'extrême-droite. Celle-ci commença une campagne à son encontre l'accusant de trois choses: comme juif, de ne pas être un nvéritable allemand, comme partisan de la république de Weimar et comme signataire d'un traité avec un État communiste. En fait, ce qu'il veut, c'est s'opposer au chaos provoqué en Allemagne aussi bien par les révolutionnaires d'extrême-gauche que par les agitateurs d'extrême-droite.
5. RATHENAU politicien ambigu.
Il fait preuve d'ambigüité dans sa vision économique et dans sa vision politique.
Sur le plan économique, il est partisan d'une économie corporative fondée sur des chambres de métiers et d'industrie. On retrouvera cette théorie appliquée dans les régimes fascistes ( Italie ). Dans une certaine mesure, on la retrouvera dans la pensée économique nazie.
Sur le plan politique, il est parmi ceux qui glorifient le « germanisme vrai » dont il souhaite le retour. En 1919,il critique le régime parlementaire. Il rédige un livre, L'État nouveau, dans lequel il suggère la mise en place de conseils. Bien que Ministre, il critique souvent avec force la décomposition de la République de Weimar.
A son actif: dans le même temps, il s'oppose aux désordres provoqués par les FREIKORPS ( Corps francs ) qui espèraient construire une nouvelle société sur les ruines de la guerre de 14-18. Et qui furent les précurseurs des nazis. Ceux-ci recrutaient essentiellement parmi les officiers et sous-officiers dont le retour à la vie civile était difficile, parmi les aventuriers et les laissés pour compte, déclassés, marginaux, chômeurs...
6. L'assassinat de RATHENAU.
Tout ce qui précéde prouve à suffisance qu'il se voulait véritablement allemand, que le terme de "Juif assimilé" ne peut même pas lui être attribué: il se sent allemand à 100%. Il est cependant la cible privilégiée des discours antisémites.
La situation était devenue intenable. En 1922, RATHENAU fut assassiné par l'Organisation Consul. C'était une organisation terroriste, nationaliste, active durant la république de Weimar. Elle avait été créée en 1920 et était organisée en société secrète avec des ramifications dans toute l'Allemagne. Elle compta jusqu'à 5000 membres. Interdite en 1922,après l'assassinat de RATHENAU, elle réapparut sous la forme du Bund Wiking. Sous le Troisième Reich, ses membres furent honorés comme des « héros de la résistance nationale » (Helden des nationalen Widerstandes).
L'assassinat de RATHENAU faisait partie d'une stratégie de l'escalade terroriste en vue de déclencher une guerre civile, de provoquer la chute du gouvernement et de susciter le soulèvement des extrêmistes de gauche. Ils auraient été le recours.

Les assassins furent reconnus et poursuivis. Le plus connu fut l'écrivain Ernst von SALOMON qui fut condamné à seulement cinq ans d'emprisonnement.
Le 17 Juillet 1933, les nazis organisèrent une cérémonie au cours de laquelle Hitler fit un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de RATHENAU. De façon théâtrale, la plaque sur le site de son assassinat fut retirée.
A titre de réparation, le parti libéral allemand a fait ériger une pierre commémorative dans la Koenigsallee à Berlin-Grunewald, en 1946..

