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awans-memoire-et-vigilance.over-blog.com

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Site relatif au devoir de mémoire. Concerne la FNC, la FNAPG et la CNPPA pour AWANS, BIERSET. Concerne les combattants, les résistants, les prisonniers, la guerre, l'armistice, la libération. Reportages sur les commémorations, les Monuments aux Morts, la Fête Nationale. Discours 11 novembre, 21 juillet et autres.


Témoignage de Robert GRAVES

Publié le 10 Mai 2018, 18:54pm

 

Témoignage de Robert GRAVES

poète anglo-irlandais engagé volontaire.

 

Robert GRAVES est né en 1895 à WIMBELDON d’une mère prussienne et d’un père irlandais. Malgré cette double ascendance, ce fut un pur britannique

 

En août 1914, il avait terminé ses études secondaires à LONDRES à Charterhouse. Il avait tout juste dix-neuf ans. Il s’apprêtait à entrer à Oxford en octobre 1914, mais il s’engagea, comme volontaire, un ou deux jours après la déclaration de guerre par le Royaume-Uni.

 

Il a écrit ses souvenirs de guerre dans « Adieu à tout cela ». Il explique son engagement volontaire au chapitre X de ce livre:

 

« Les journaux prédisaient une guerre de très courte durée – terminée au pire à Noël ; j’espérai pourtant qu’elle se prolongerait assez pour retarder mon entrée à Oxford au mois d’octobre, chose que j’appréhendais par-dessus tout. Je n’avais pas non plus envisagé la possibilité de me retrouver au coeur du combat […]. J’étais en outre révolté par le cynisme avec lequel, selon les comptes rendus de presse, les troupes allemandes avaient violé la neutralité du territoire belge »

 

Pour rappel, au Royaume-Uni, ceux qui participèrent au combat furent tous des engagés volontaires ou des militaires professionnels. Armée de petite dimension, très spécifique par son caractère professionnel par rapport aux armées de masse continentales qui connaissait le régime de conscription, l’armée britannique subit des pertes considérables au cours des premiers mois du conflit. Dès 1915, on assiste à une croissance considérable des effectifs grâce à l’appel au volontariat puis à la conscription. L’expression « armée britannique » englobe bien sûr les combattants issus du Royaume-Uni, mais également ceux qui viennent des territoires britanniques d’outre-mer : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud en particulier. 

 

Poète, Robert GRAVES décrit, en poèmes, des scènes du front. Voici quelques exemples.

 

« Les mitrailleuses crépitent comme des jouets sur la colline
Et, dans la vallée, à la file, tombent les braves soldats de plomb :
Voici ce dont il faut se souvenir à l’âge mûr
Tandis que, savamment, nous consacrons l’avenir
À des visions plus fanfaronnes encore du désespoir. »

 

Dans Adieu à tout cela, GRAVES critique la propagande de guerre :

« Les civils parlaient une langue étrangère, et c’était celle des journaux. »

Ses poèmes de guerre et d’après-guerre furent publiés dans d'autres ouvrages : parmi eux « Escape », « Évasion » (Goliath and David, 1916), et « Dead Cow Farm », « Ferme de la vache morte » (Fairies and Fusiliers, 1917), poème de l’effondrement des valeurs :

«Ici encore, c'est le chaos,

Boue primitive, pierres froides et pluie. »

« Voici maintenant le chaos de retour,

Primitive boue, pierres froides et pluie. »

 

On voit ici, à la dernière strophe, la même obsession que les autres écrivains-combattants : la boue !

 

Dans Au revoir à tout cela , il traite des séquelles, surtout psychologiques, de la guerre. Il existe une traduction française de cet ouvrage aux éditions Autrement "littératures" publié en 1998 sous le titre "Adieu à tout cela"

 

«Je savais qu'il faudrait des années avant que je puisse affronter autre chose qu'une paisible vie à la campagne. Mes handicaps étaient nombreux: je ne pouvais pas utiliser un téléphone, je me sentais malade chaque fois que je voyageais en train, et voir plus de deux personnes en une seule journée m'empêchait de dormir. » 

 

L'absence de haine vis-à-vis de l'ennemi. La difficulté de tuer un homme seul. Tuer semble être excusé par la tuerie de masse.

 

« Tandis que posté sur une colline dans la tranchée de soutien, je pointais mon fusil par une meurtrière dissimulée, je vis un Allemand, à 700 yards environ, dans mon viseur télescopique. Il prenait un bain dans la troisième ligne allemande. L’idée de tuer un homme nu me déplaisait, et je tendis le fusil au sergent qui était avec moi. « Tenez, vous êtes meilleur tireur que moi. » Il l’eut – mais je ne suis pas resté pour assister au spectacle?"

 

« Au mess, les instructeurs étaient à peu près tous en mesure de citer des cas précis où l’on avait assassiné des prisonniers sur le chemin du retour. […] Les chefs d’escorte racontaient en arrivant au quartier général qu’un obus allemand avait tué les prisonniers ; on ne posait alors aucune question. »

 

IL expose aussi, d'une façon critiquée par après, la mentalité de l'armée britannique, un esorte de spécificité britannique: dans l'armée anglaise, deux mondes se côtoient sans se mélanger. D'un côté, les officiers, des gentlemans ayant conscience d'appartenir à un groupe à part; de l'autre, les soldats.

 

Enfin, c'est quasiment le seul à accordre de l'importance à un sujet tabou: la sexualité des combattants: la prostitution, les maisons de tolérance ( les bordels). C'est ainsi qu'il a décrit:

 

«Il n’y avait aucune restriction en France. Ces garçons avaient de l’argent à dépenser et savaient qu’ils tenaient une bonne chance d’être tués en quelques semaines de toute façon. Ils ne voulaient pas mourir vierges.» 

 

Robert GRAVES, qui assure n’avoir jamais cédé à la tentation, raconte :

 

«... deux officiers d’une autre compagnie avaient dans la même pièce couché avec une femme et sa fille. Ils avaient joué à pile ou face pour la mère car la fille «n’était qu’un petit laideron jaunâtre et squameux comme un lézard». La Lanterne rouge, bordel des armées, se trouvait au coin de la rue principale. J’y avais vu des queues de 150 soldats attendre à la porte pour passer à tour de rôle un très court instant avec l’une des 3 femmes de l’établissement.» 

 

Et, évidemment, les conséquence sanitaires: 

 

« Il y avait foule dans les hôpitaux où l’on traitait les maladies vénériennes. Le Drapeau blanc sauva la vie à des vingtaines de soldats en les rendant inaptes à servir.  »

 

Il fallait s'en douter, après la publication dans les années 30, des associations d'anciens combattants se sentant diffamées ont énergiquement protesté en démontrant des erreurs manifestes trouvées dans le texte. Il fut contraint de reconnaître que tout n'était pas à prendre pour argent comptant et qu'il avait usé d'une certaine liberté littéraire.

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