Témoignage de Martial LEKEUX, le moine soldat.

La première Guerre mondiale fut un événement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Pour la première fois, l’industrie a été utilisée en grand. La guerre est devenue un prolongement de l'industrie et aussi un prétexte à son développement. Le choc traumatique engendré par cette boucherie fut rapporté dans la littérature belge francophone des années 1920 et 1930.
Aujourd'hui, une figure étonnante: Martial LEKEUX, dit le "moine soldat". Ce dernier, dont il a déjà été question sur ce site est né à Arlon le 19 juin 1884. Il fut prénommé Edouard. Sorti officier de l'Ecole Royale Militaire, il fut désigné pour servir aux Forts de LIEGE.
Le 15 septembre 1911, il choisit de devenir moine franciscain sous le nom de Frère Martial. Quand la guerre éclate, il rejoint l’armée à LIEGE et participe à toute la retraite vers Anvers et puis vers l’Yser. Il servit pendant de longs mois d’observateur pour l’artillerie à Oud-Stuyvekenskerke, dans la tour d’un petit hameau au nord de Dixmude.
La guerre finie, il retourna dans son couvent. Il revint de l’Yser rhumatisé, grippé à longueur d’année et rongé par une gastrite.
Après la guerre, il écrivit divers livres dont « Mes cloîtres dans la tempête. »
Voici quelques extraits.
Notamment, un passage sur les « spéciaux », ces soldats belges installés dans le hameau en janvier 1915 pour effectuer des reconnaissances vers les lignes allemandes. Les « spéciaux » faisait partie de la « compagnie spéciale pour missions dangereuses » crée par l’état-major vers la fin du siège d’Anvers. Il est probablement le seul à en avoir parlé.
« Pauvres « spéciaux » ! Vous étiez trop sauvages et trop beaux pour la campagne nouvelle. La guerre s’organisait - l’ère des rapports - et des inventaires et vous n’aviez pas compris que dans un corps organisé il ne faut que des qualités et des vices médiocres: c’est pour cela que vous deviez disparaître, car vos mérites trop hauts étaient le compromettant signal qui faisait attaquer vos défauts. »
Erudit et homme d'église, il ne peut s'empêcher de philosopher. Et sa philosophie est pourtant bien universelle, non rattachée à une religion.

