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awans-memoire-et-vigilance.over-blog.com

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Site relatif au devoir de mémoire. Concerne la FNC, la FNAPG et la CNPPA pour AWANS, BIERSET. Concerne les combattants, les résistants, les prisonniers, la guerre, l'armistice, la libération. Reportages sur les commémorations, les Monuments aux Morts, la Fête Nationale. Discours 11 novembre, 21 juillet et autres.


Témoignage de Emilio LUSSU

Publié le 10 Mai 2018, 18:46pm

 

Le front d'Italie : témoignage d'Emilio LUSSU.

 

Emilio LUSSU est né le 4 décembre 1890 à Armungia en Sardaigne. Il est mort le 5 mars 1975 à Rome. Il fut, tour à tour, combattant de la Première guerre, homme politique pro-sarde, fondateur d'une association d'anciens combattants, écrivain et militant antifasciste.

 

Diplômé en Droit de l'Université de Cagliari, il se range, dès 1914, dans le camp des « interventionnistes démocrates » (républicains ) afin que l'Italie déclare la guerre contre l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Dès l'entrée en guerre, en 1915, il participe au conflit comme officier de réserve dans la Brigade SASSARI qui était constituée essentiellement de paysans sardes.

 

En 1916, cette Brigade est envoyée sur les collines près d'Asagio. Elle avait pour mission de former un front capable de résister, coûte que coûte, à l'armée autrichienne qui menaçait Vicenze et Vérone. Lors des premiers combats,cette brigade connut des victoires mais une contre-attaque les bloqua sur place jusqu'au mois de juillet 1917.

 

Ces combats très sanglants se transformèrent, comme sur le front occidental, en guerre de tranchées.

 

Cette expérience lui inspira un roman, Un anno sull'Altipiano. Il le publia en 1938, à PARIS où il était en exil politique. Elu député, il avait été la cible de la violence fasciste : en 1926, après un attentat contre MUSSOLINI, une bande de chemises noires prit sa maison d’assaut. Ancien soldat et chasseur averti, il était bien décidé à se défendre. L’un de ses assaillants fut tué et les autres prirent la fuite. Arrêté, il passa plus d’un an en prison avant son procès. Contre toute attente, le Tribunal ordinaire, estima qu’il avait agi dans le cadre de la légitime défense. Mais, il fut déféré devant le Tribunal Spécial (émanation du parti fasciste) qui le condamna à une peine de cinq ans de confino (résidence surveillée) dans les îles Lipari. Il s'en évada en 1929.

 

Ce roman fut porté au cinéma en 1970 par Francesco ROSI sous le titre « Uomini contro » ( « Les hommes contre » ). Il y raconte la vie des soldats italiens dans les tranchées et décrit l'irrationnel, le non-sens de la guerre et de la discipline militaire. Le roman sera publié en France sous le titre «  Les hommes contre ».

 

Ce récit est considéré comme un des principaux récits italiens sur la Première guerre mondiale. Il est considéré comme un récit fidèle et documentaire de l'expérience de la guerre qu'a vécue le capitaine LUSSU dans la Brigade SASSARI : en 1916, LUSSU, jeune lieutenant idéaliste, convaincu du bien fondé de la guerre, en découvre l'absurdité et l'horreur en participant à l'attaque de l'armée italienne pour reprendre le contrôle de la colline de Montefiore. Parmi la neige et la rocaille des hauts plateaux alpins, soldats et officiers se débattent dans les mâchoires d’acier de la Grande Guerre. Les hommes tombent par milliers pour quelques mètres carrés de rochers et de boue.

 

Il y dénonce le dysfonctionnement chronique :

 

« Chaque jour, il arrivait des munitions et des tubes de gélatine. C’étaient les grands tubes de gélatine du Karst, de deux mètres de long, faits pour ouvrir des passages dans les barbelés. Et il arrivait des pinces coupe-fil. Les pinces et les tubes ne nous avaient jamais servi à rien, mais ils arrivaient quand même. »

 

Il y dénonce l'usage de l'alcool pour doper les combattants. Avant chaque bataille, le ravitaillement en alcool atteint des sommets, au point que cela devient un signal précurseur de l’ordre d’attaque imminent :

 

« Et il arriva du cognac, beaucoup de cognac : nous étions donc à la veille d’une action »

 

Ainsi les paroles d'un Lieutenant-Colonel au jeune lieutenant LUSSU au sujet de l'alcool:

 

« Je me défends en buvant, sinon je serais déjà à l'asile. Ce n'est pas l'artillerie qui nous tient debout, nous de l'infanterie, en fait, le contraire [..] Abolir l'artillerie, des deux côtés, la guerre continue. essayez d'abolir le vin et les liqueurs [..] aucun de nous ne bougera plus. L'âme du combattant est l'alcool ... ".

 

 

D'abord, le sentiment d'inhumanité :

 

« Je me mis à songer que , peut-être, ne ne tirerais pas. Je pensais. Mener à l'assaut cent hommes, ou mille, contre cent autres hommes, ou mille, c'est une chose. Prendre un homme, le détacher du reste des hommes et puis dire : "Voilé, ne bouge pas, je tire sur toi, je te tue", c'en est une autre. C'est une tout autre chose. Faire la guerre est une chose, tuer un homme, est une autre chose. Tuer un homme comme ça, c'est l'assassiner. »

 

Mais il exprime aussi la découverte de l'humanité des ennemis :

 

« Voici l’ennemi, et voici les Autrichiens. Des hommes et des soldats comme nous, faits comme nous, en uniforme comme nous, qui à présent bougeaient, parlaient et prenaient le café, exactement comme étaient en train de le faire, derrière nous, au même moment, nos propres camarades. Étrange. Une telle idée ne m’avait jamais traversé l’esprit. À présent ils prenaient leur café. Curieux ! et pourquoi n’auraient-ils pas dû prendre le café ? Pourquoi donc me semblait-il extraordinaire qu’ils prennent le café ? » 

 

Et, a contrario, l'inflexibilité de la hiérarchie militaire :

 

« Ceux qui commandent ne se trompent jamais et ne commettent pas d’erreurs. Commander signifie le droit qu’a le supérieur hiérarchique de donner un ordre. Il n’y a pas d’ordres bons et d’ordres mauvais, d’ordres justes et d’ordres injustes. L’ordre est toujours le même. C’est le droit absolu à l’obéissance d’autrui »

 

L'éloge de la trêve :

 

 « Nous sommes des professionnels de la guerre et nous ne pouvons pas nous plaindre si nous sommes obligés de la faire. Mais quand nous sommes prêts à un combat et qu’arrive, au dernier moment, l’ordre de le suspendre, c’est moi qui vous le dis, croyez-moi, on peut être aussi courageux qu’on veut, mais ça fait plaisir. C’est ça, en toute franchise, les plus beaux moments de la guerre »

 

En exemple, ce comportement des soldats autrichiens. Au cours d'une offensive, le massacre est tellement effroyable parmi les Italiens, que les Autrichiens retranchés dans leur fortifications, cessent soudain de tirer et appellent les Italiens eux-mêmes à arrêter le carnage :

 

«Assez ! Assez braves soldats italiens ! Ne vous faites pas tuer comme ça !»

 

Le ressentiment des classes sociales dans l'armée italienne.Ces paroles d'un homme de la troupe à propos des officiers :

 

«Oui, ils meurent aussi mais avec tout le confort possible. Biftecks le matin, biftecks à midi, biftecks le soir. – Et ils touchent tous les mois un salaire qui suffirait chez moi pendant deux ans».

 

Son sentiment personnel, il fait son devoir mais il est désabusé :

 

« Bien sûr, je faisais la guerre consciemment et la justifiais moralement et politiquement. Ma conscience d'homme et de citoyen n'était pas en conflit avec mes devoirs militaires. La guerre était pour moi, une dure nécessité, terrible, bien sûr, mais à laquelle j'obéissais, comme l'une des nombreuses nécessités ingrates mais inévitables de la vie. J'étais à la guerre et j'étais aux commandes des soldats. Donc je le faisais moralement deux fois. »

 

Les tranchées :

 

« Ces tranchées si énergiquement défendues, que nous avions attaquées si souvent sans succès, avaient fini par nous paraître inanimées, comme des constructions désolées, que n'habitaient pas des hommes, comme le refuge de créatures mystérieuses et terribles dont nous ne savions rien. Et maintenant celles-ci se montraient à nous pour ce qu'elles étaient, en réalité des hommes et des soldats comme nous, comme nous en uniforme, qui bougeaient, parlaient et buvaient du café, tout comme le faisaient nos propres camarades juste derrière nous en ce même instant. » 

 

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