Roland DORGELES
Pseudonyme de Roland LECAVELE
Né à AMIENS en 1885, décédé en 1973.
Après Georges DUHAMEL, Robert VIVIER et Jean TOUSSEUL, voilà un autre écrivain qui restera marqué jusqu'à la fin de ses jours par son expérience de la guerre de 14/18.
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Roland LECAVELE naît à AMIENS dans une famille de pure souche picarde. Ses parents s'entendent difficilement. Son père est « dans le commerce » mais apparemment les affaires marchent difficilement. La famille est amenée à faire plusieurs déménagements. Le jeune Roland se réfugie dans les livres et il en est profondément marqué.
Roland devient journaliste en 1904 et prend le pseudonyme de DORGELES en 1907. Il écrit des articles pour divers journaux ou revues: « Messidor », « Paris-Journal », « Comoedia », « Fantasio » et le journal de Georges CLEMENCEAU « L'Homme Libre ».
Avant la guerre de 14/18, il mène une vie de bohème qui est loin de préfigurer l'écrivain sérieux qu'il deviendra après cette tragique expérience. Il semble surtout survivre grâce au soutien financier de ses parents. Il fréquente le quartier de Montmartre où il a comme compères des gens qui deviendront également célèbres: MAC ORLAN, Max JACOB, André SALMON, Guillaume APPOLINAIRE, UTRILLO.
Il se signale par ses canulars. Son canular le plus célèbre reste celui du faux peintre BORONALI. DORGELES accrocha un pinceau à la queue d'un âne, en sorte qu'il barbouille de diverses couleurs une toile qui fut intitulée Coucher de soleil sur l'Adriatique et signée BORONALI. Le tableau a été exposé au Salon des Indépendants en 1910 où il recueillit un certain succès avant que DORGELES n'en révèle l'origine ( BORONALI étant l'anagramme d'ALIBORON, nom donné aux ânes par LA FONTAINE ). Cela à la plus grande confusion des spécialistes. Nous sommes donc loin des ouvrages sérieux d'après 1918 !
Il s'efforce de garder le moral. Il prend des notes pour ce qui deviendra « Les Croix de Bois ». Ce roman, qui marque bien la rupture pour DORGELES avec sa légèreté d'avant-guerre, paraît en 1919 et rate de peu le prix GONCOURT de cette année-là. Mais il obtient néanmoins un grand succès de lecture. Le prix FEMINA lui sera accordé. Cette oeuvre marquera le restant de sa vie.
Entretemps, il est entré au « CANARD ENCHAÎNE ». Il publie dans ce journal un roman satirique intitulé « La machine à finir la guerre ». Il écrit des articles dans la même veine et dans le même journal entre 1917 et 1920. Les profiteurs de guerre, les planqués de l'arrière, les députés, les forces de police sont sa cible ainsi que ceux qui tentent de diaboliser les bolcheviques.
Mais, sur le plan personnel, la guerre fut la cause d'une grande désillusion: son amie Madeleine le trompe et ils rompent leur relation. Il en conçut un très grand chagrin et cela le marquera jusqu'à la fin de ses jours. Au soir de sa vie, lors d'une émission de télévision, il en fit encore état avec beaucoup d'émotion.
Cela déterminera aussi, en partie, sa façon d'interpréter la guerre. Pour lui, cette trahison était le symbole de l'indifférence que beaucoup de compatriotes avaient éprouvée pendant la guerre vis à vis des combattants. Selon lui, nombreux avaient été les combattants qui, après l'Armistice, s'étaient séparés ou avaient divorcés. Cette plaie aurait été volontairement cachée parce qu'elle allait à l'encontre de l'idée d'une FRANCE entièrement dévouée à ses poilus. Mais peut-être a-t-il vu ce problème à travers le prisme déformant de son expérience personnelle.
En 1922, il emménage avec Hania qu'il épousera. Celle-ci décèdera en 1960. Tous deux ont soif de voyages. Fin 1923, ils découvrent l’Indochine. En 1932, Dorgelès voyage en Afrique du Nord. En 1936, Roland et Hania sont en Russie.
En 1929, il deviendra membre de l'Académie GONCOURT qu'il présidera plus tard, jusqu'à sa mort.
En octobre 1939, il est correspondant de guerre pour le journal Gringoire. C'est une expérience assez difficile à expliquer: quand on a écrit dans le Canard enchaîné et dans L'Homme Libre, comment se retrouve-t-on chez Gringoire ? Sa collaboration à Gringoire cesse d'ailleurs en septembre 1941,quand le ton antisémite s’impose dans le journal. Cela paraît quand même assez tardif.
Dès lors et surtout depuis 1942, il vivra à CASSIS et, caché, dans d’autres villages de la région pour échapper à la Gestapo. Cela le dédouane quand même de son aventure chez Gringoire.
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| L’auteur raconte par le menu tout ce qui fait la vie d'un poilu, en montrant tout ces petits riens qui permettent au soldat de tenir. Il s'attache surtout à parler des copains: le rouge en perpétuelle rébellion, le religieux, les paysans, les chti, les titis parisiens. Tous ceux là partagent tout, s’engueulent et vivent ensemble joyeusement. L’auteur nous amène à toucher l’horreur de la Grande Guerre : les bombardements, les gaz, les blessés et les morts. Les croix de bois s’amoncellent dans cette terre de France retournée et labourée par les obus. On se bat sans trop savoir pourquoi, pour un bout de boyau, pour une butte sans arbre, pour quelques mètres de terrain continuellement perdu puis regagné... |
Jusqu’à sa mort, il est également une figure emblématique des Anciens combattants, dont il assure la présidence non pour glorifier la guerre, mais pour garder la mémoire de ceux qui l’ont faite malgré eux.


